• Document: L Internet gay : un nouveau territoire, face à une géographie des espaces de visibilité et de rencontre «en face à face»
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L’Internet gay : un nouveau territoire, face à une géographie des espaces de visibilité et de rencontre « en face à face » Auteurs : Léobon A., Frigault L-R (ProgrammeI de recherche subventionné par l’A.N.R.S.) Si la rencontre en face à face fût donc, très longtemps, le moyen de développer des homo-socialités, dans nos cités, désormais câblées, les citoyens sont raccordés à un réseau pour un prix modique leur permettant, non seulement d'obtenir des services couvrant leurs besoins, mais aussi d'entrer en relation les uns avec les autres selon un principe de téléprésenceII (Moles1, 1988). À la suite de l'introduction du minitel, puis de l'Internet, les répercussions des rencontres en réseau sur les habitudes sociosexuelles des gays furent majeures, même si elles ont suscité peu de travaux avant le début des années 2000. Il faut rappeler, qu’après le succès franco-français du minitel, Internet se situe aujourd’hui dans les premiers rangs des modes de recherche de partenaires affectifs et sexuels chez les homosexuels (et en particulier chez les jeunes, Noël et al. 1998). L’enquête presse gaie 2004 (Velter2, 2005) nous apprend que près de 70% des répondants ont rencontré (de manière non exclusive) des partenaires en fréquentant des messageries (minitel, audiotel, chat ou sites de rencontre en ligne). Nous poserons ici comme hypothèse que la rencontre formalisée « en ligne » participe à un nouvel enjeu communautaire, dans nos cités câblées où l'espace traditionnel des rencontres « en face à face » trouve son pendant dans l'univers des services proposés aux internautes, bercés par de nouveaux langages et nouveaux scripts sexuels. Le modèle, développé par Cooper (Cooper3, Scherer, Boies et Gordon, 1999) nous explique que l'accès facile à la sphère des rencontres anonymes dans le cyberespace (qu'il a intitulé le « triple A » pour : Anonyme, Abordable & Accessible) suggère un paysage d'actions fort différent (du point de vue de ses coûts généralisés, Moles4, 1977 ) de celui des rencontres en face à face, facilitant notamment le cybersexe, les processus de double jeu et ceux de retraduction identitaire (Filluzeau5 D, p29-34, 2002). En effet, la gestion d'une identité ou d’un comportement perçus comme déviants et discréditables est facilitée par la fréquentation du cyberespace qui permet de séparer et de distinguer ce qui compose l'identité cachée de l'identité publique. L'homosexuel peut, d'une certaine façon, choisir quel personnage jouer en fonction de l'espace traversé et ne pas se dévoiler immédiatement. La possibilité de garder dans l’ombre de l’invisible, de l’intime ou du privé sa cyber-identité permet à la fois une recomposition progressive de soi et l’acquisition de nouvelles perceptions de l’autre. Le réseau est donc propice à l'expression de la sexualité (qu'elle soit ou non en marge), l’anonymat, qu’il procure, permettant de tester ce premier regard de l'autre qui détermine le « set of expectation » du comportement ultérieur, c'est-à-dire ce que nous nous permettrons de formuler dans l’interaction. Par ailleurs, la forte réactivité des internautes à créer des communautés virtuelles, permet de consolider l'identité de groupe et, pour des gays mus par l'attirance pour de nouvelles pratiques, de sortir d’un sentiment d’isolement personnel, social ou géographique. La géographie sociale ne peut donc ignorer le nouveau territoire constitué par le contenu des services distribués par le réseau Internet. Nous verrons que paysage des ressources en ligne est diversifié et que le réseau est un lieu d’interactions et d'expressions de nouvelles sociabilités parfois réactionnellesIII (Moles6, 1985), facilitant la réalisation de projets pour des groupes ou des communautés labiles définies par ce qu'elles ont en commun : la convergence de points de vue dans le regard des autres. I Volet de recherche financé par le 2em appel d’offres 2003 de l’A.N.R.S. intitulé « Recomposition, dans le cyberespace, de la rencontre homosexuelle au risque du VIH. Sida. Monographies comparatives dans deux dimensions urbaines et un contexte international francophone ». Décision ANRS 2003/2004/123. L’enquête québécoises fut réalisée dans le cadre d’un cofinancement avec le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC : SR-4557). II Selon Moles : « La présence autrefois, c'était la présence physique... nous voyons émerger une autre forme autonome, celle d'une téléprésence qui perd de moins en moins de sa vivacité à distance ». III Selon Moles A (1985), une société réactionnelle est, à l’opposé d’une société réactionnaire … une société dynamique où, à tout mouvement du pouvoir organisateur

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